Tenir la bride aux ranches israéliens illégaux ? L’État dit non

Soutenus par des prestataires de soin étatiques, des colons utilisent des bandes de terres palestiniennes saisies au nom de la sécurité pour construire des dizaines d’écuries

La petite écurie de Modiin Illit se niche contre un projet de construction impressionnant, mais ses deux propriétaires ultra-orthodoxes ne semblent pas perturbés par cette envahissante expansion urbaine.

Tout en nourrissant leurs chevaux, durant une récente visite du Times of Israel, ils disaient qu’ils n’avaient aucune idée de ce qui était en construction autour d’eux. Quand on leur a demandé s’ils ne craignaient pas que le projet n’envahisse leur propriété, ils ont tout deux souri et dit que non.

Ils avaient de bonnes raisons de rester imperturbables, car la construction adjacente fait partie d’un projet gouvernemental sur ce qui est considéré comme des terres appartenant à l’État. Leur écurie se trouve sur des terres palestiniennes privées et est donc, ironiquement, intouchable pour les autorités de planification.

Selon un nouveau rapport de l’observatoire de la colonisation Kerem Navot, la petite écurie de Modiin Illit est, comme des dizaines d’autres, construite sur de larges bandes de terre palestinienne privée situées autour des colonies, qui sont devenues inaccessibles à leurs propriétaires palestiniens depuis la deuxième Intifada.

En théorie, les fermiers palestiniens ont toujours accès à leurs propriétés, en coordination avec l’armée israélienne, mais Kerem Navot dit que ce droit d’accès est de plus en plus difficile à obtenir et qu’en pratique, les récoltes dépérissent après que la terre n’ait plus pu être travaillée régulièrement.

Alors que l’État ne peut pas approuver la construction de maisons israéliennes sur ces terres, qui appartiennent toujours techniquement à des Palestiniens, Kerem Navot dit que les colons ont trouvé d’autres manières d’exploiter à leur profit ces champs apparemment abandonnés.

Les terres nouvellement acquises aux bordures des colonies se sont révélées être des ressources immobilières très prisées par les fermiers qui cherchent un lieu assez éloigné de leurs communautés pour faire paître leurs animaux sans importuner leurs voisins par les odeurs.

De plus, beaucoup de ces fermes sont gérées indirectement par l’État par le biais de prestataires de soins qui subventionnent certains des services qu’elles fournissent.

Dans son rapport, l’observatoire des colonies documente l’existence de 11 écuries professionnelles et 19 plus petites, établies sur des terres privées palestiniennes au cours des 15 dernières années – chacune d’entre elles sur des terres hors d’accès pour leurs propriétaires originels, dont les photos aériennes montrent qu’ils travaillaient ces champs depuis des décennies.

Dans les colonies de Shaarei Tikva, Modiin Illit, Oranit et Shavei Shomron, Kerem Navot a montrer comment les écuries avaient été établies sur des terres interdites aux Palestiniens suite à la création de zones militaires fermées par l’armée israélienne. Alors que ces directives avaient été émises clairement pour des raisons de sécurité, l’ONG de gauche a affirmé que des colons israéliens les ont exploitées à leur bénéfice personnel.

L’Administration civile, l’organe du Ministère de la défense responsable des autorisations de construire dans les Territoires occupés, a émis au moins 44 ordres de démolition contre ces structures, mais les priorités sont apparemment ailleurs.

Un fermier, qui a demandé que seul son prénom soit mentionné, Oz, a dit que l’Administration civile ne lui avait jamais créé de problèmes concernant l’illégalité de cette structure dans la colonie d’Oranit. « Ce n’est qu’une remise, a-t-il dit, et comme elle est sur des terres palestiniennes auxquelles ils n’ont pas droit d’accéder, il n’est pas nécessaire de la détruire ».

« Les animaux ne dérangent personne et les voisins apprécient la ferme. La valeur immobilière a même augmenté dans la région alentour, » a ajouté Oz.

Un exemple plus criant de l’exploitation de terres déclarées « zone militaire fermée » par l’armée israélienne pour des raisons de sécurité a été découvert l’an dernier par Kerem Navot dans la colonie proche de Shaarei Tikva.

La colonie au nord-est de Rosh Ha’ayin est entourée à la fois par sa propre clôture et par la barrière de sécurité qui serpente autour des communautés israéliennes qui sont à cheval sur la Ligne verte.

Là aussi, des terres palestiniennes ont été confisquées par ordre militaire en 2001, 2003 et 2004 pour la construction de la barrière, et les propriétaires originels ont reçu la promesse qu’ils pourraient obtenir des permis de l’armée pour accéder périodiquement à leurs propriétés.

En 2005, le coordinateur de la sécurité de Shaarei Tikva a profité du fait que la mince bande de terre entre les deux barrières était largement inoccupée pour y établir une petite écurie au milieu des oliviers palestiniens.

Alors que des pressions légales ont forcé le coordinateur de la sécurité à évacuer l’écurie plusieurs années plus tard, il l’a réétablie en 2015 à environ un kilomètre de sa position initiale.

Des caméras placées par Kerem Navot ont filmé le résident de Shaarei Tikva utilisant ses clés pour accéder à l’écurie tous les jours par une porte percée dans la clôture de la colonie.

Suivez l’argent

Dans son rapport, l’observatoire de la colonisation affirme qu’il est nécessaire d’analyser les soutiens financiers des écuries pour comprendre comment ce phénomène relativement récent s’est développé.

Les quatre fournisseurs de soins médicaux israéliens (Clalit, Maccabi, Meuhedet et Leumit) ont signé des accords avec les établissements hippiques des Territoires occupés pour subventionner les cours d’hippothérapie.

L’hippothérapie, qui était d’abord un traitement pour les enfants avec des besoins spécifiques, s’est répandue de plus en plus parmi les jeunes Israéliens, pour qui c’est devenu un exercice de relaxation et de développement du tonus musculaire, de la coordination et de la confiance en soi.

Les fournisseurs de soins médicaux subventionnent l’hippothérapie dans sept écuries des Territoires occupés installées sur des terres palestiniennes privées : dans les colonies de Beit El, Mevo Horon, Beit Hagai et Beit Yatir, ainsi que dans les avant-postes illégaux de Sde Bar et Ma’ale Yisrael.

Les fournisseurs de soins ne se sont pas intéressés au statut des lieux dans lesquels les écuries partenaires sont établies. Les porte-parole des quatre companies ont déclaré que les questions de statut juridique de la terre sont des questions politiques qui ne les concernent pas.

Une porte-parole de Clalit a affirmé que son organisation fournissait des services à destination de tous les Israéliens, où qu’ils vivent. Elle a expliqué que celle-ci envoie ses clients dans les lieux de soin les plus pratiques et les plus adaptés, ajoutant qu’ « il n’y a pas de raison pour que quelqu’un doive aller à plus de 30 minutes de chez lui pour bénéficier d’un service, si celui-ci est proposé dans un lieu tout à fait approprié juste à côté ».

Dror Etkes, de Kerem Navot, a affirmé que l’État, qui finance les quatre fournisseurs de soins, « encourage une violente violation de la loi ». Il a ajouté que l’installation de ces écuries n’est que l’une des méthodes utilisées depuis plusieurs décennies par les colons pour « rafler autant de terres que possible ».

Une porte-parole de l’Administration civile, à qui on demandait de commenter la non-exécution des ordres de démolition émis contre plusieurs écuries dans les Territoires occupés, a répondu que chaque cas était unique et qu’il fallait plus de temps pour réunir les informations expliquant cette inaction.

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